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Le siège de JAMETZ et de son château

1587 - 1589

Avant-propos

La REFORME, ce mouvement religieux et politique, qui se dressa contre le catholicisme au début du XVIe siècle avec WICLEF, Jean HUSS et surtout Martin LUTHER dans l'Europe centrale et septentrionale, pris naissance en France avec CALVIN sous François Ier.

Tolérés d'abord, ce mouvement fut ensuite réprimé jusqu'en 1562 ou le duc de GUISE déchaîna la lutte par le massacre des protestants de WASSY. Ce fut là le début des guerres de religions qui durèrent jusqu'en 1598.

C'est au cours de la huitième, et dernière (1585 - 1598) qu'eut lieu le siège de JAMETZ et de son château (1587 - 1589).

JAMETZ remonte vraisemblablement à l'époque gallo-romaine. Son nom d’alors : GEMMACUM, qui pourrait se traduire aujourd'hui GEMMEVILLE ou PERLEVILLE, est dû, sans doute, à sa brillante situation sur un amphithéâtre en bordure de la belle vallée de la LOISON comme une pierre précieuse dans un écrin.

Le premier seigneur dont font mention les documents écrits, est Godefroy de Boulogne, dit de BOUILLON, surnommé le bossu (1061 - 1100) duc de Basse Lorraine, qui fut le chef de la première croisade. Il fit don de sa terre de JAMETZ à l'évêque de Verdun. Par suite de mariage, celle-ci devint la possession de la maison de LA MARCK qui la conservera près de deux siècles.

En 1587, le chef de la famille était Guillaume Robert de LA MARCK, duc de BOUILLON et prince de SEDAN. Il comptait dans ses ancêtres le fameux ROBERT II surnommé « le sanglier des Ardennes » qui dévastaient toutes les terres de ses ennemis « ni plus, ni moins qu'un sanglier qui ravage les blés et les vignes des pauvres gens et dont la devise était si Dieu ne veut m'aider, le diable ne peut manquer » ce qui était assez curieux de la part d'un ancien chanoine de la cathédrale de Metz qu'était ROBERT II avant d'embrasser le métier des armes.

Comme SEDAN s'était ralliés à la religion nouvelle, JAMETZ s'y étaient aussi convertis et ce fut bientôt une guerre acharnée avec les catholiques de Verdun conduit par leur évêque, le cardinal de VAUDEMONT qui dut rapidement faire appel à l'aide de Charles III, duc de LORRAINE et de BAR.

C'est alors que mourut Guillaume Robert de LA MARCK qui institua comme légataire universelle, sa sœur Charlotte âgée de 13 ans.

 

Le siège de JAMETZ

La huitième guerre de religion donc est commencée depuis 1585.

À l'automne 1587, la guerre, de religieuse qu'elle était à l'origine, est devenu une guerre civile qui fait rage. Des bandes armées comprenant souvent plusieurs centaines d'hommes : lorrain, français, espagnol, allemand, italien, albanais, etc., entretenue par les princes, dévastent les campagnes dont les habitants se sont refugiés dans les villes où se cachent dans les forêts.

La forteresse huguenote de JAMETZ jouit, depuis des années, d'une détestable réputation. Elle est l'asile de plusieurs milliers de proscrits. Ces troupes vont ravager les terres voisines de Lorraine et même de Champagne. À plusieurs reprises, les bandes armées du duc de Lorraine ont tenté, mais en vain, de réduire la forteresse qui est devenue dans l’Est, par son prosélytisme, le pendant de La Rochelle dans l'ouest.

La forteresse

La ville est entourée d'un mur d'enceinte en briques précédé, très souvent, par un fossé et soutenu particulièrement sur le front Est, par des bastions solidement construits.

Elle est indépendante du château qui s'élève au sud avec de grosses tours assises sur le roc et auquel elle est reliée par un seul pont-levis.

À l'ouest, la rivière assure une certaine protection à la place. Un ravelin barre la trouée entre la Place et la LOISON au nord-ouest.

Les approches sont découvertes et difficiles au sud et à l'Est.

Le front le plus faible est le front nord-ouest face à Romoiville et Louppy ; de ce côté, une légère brise de terrain limite les vues des défenseurs à quelques centaines de mètres.

Les adversaires

A) du côté de la réforme

Chef : Guillaume Robert de LA MARCK

et, après sa mort, sa sœur Charlotte avec comme tuteur : François de LA NOUE et Robert de SCHLANDRE.

QG à Sedan.

Gouverneur de JAMETZ et commandant des troupes : Robert de SCHLANDRE.

Ingénieur militaire : Jean ERRARD de BAR.

Troupes : une milice formée par tous les habitants valides de JAMETZ et une garnison de plusieurs milliers d'hommes. Au total cinq à six milles hommes.

B) du côté de la ligue

Chef : Charles III, duc de Lorraine et de bar.

QG à Nancy.

Commandant des troupes de sièges : général Baron d’HAUSSONVILLE. Général de LENONCOURT, Sénéchal de Lorraine qui, par ordre Charles III relève le Baron d’HAUSSONVILLE de l'automne 1588 au printemps 1589.

PC a LOUPPY.

Ingénieur militaire : Nicolo Da FURLI (espagnole).

Troupes : de 9000 à 10 milles hommes : français d'Île-de-France, lorrains, espagnols, allemands, italiens (quatre compagnies spécialement instruites et entraînées pour l'assaut avec le fameux capitaine GARGAS), albanais (trois compagnies).

Les événements

A la fin de l'automne 1587, prévoyant un redoublement d'efforts de la part de ses ennemis et redoutant la proximité de Verdun, Guillaume Robert de LA MARCK, peu avant de mourir, renforce la garnison de JAMETZ de quelque 500 hommes. En même temps, il veut perfectionner les moyens de défense de la forteresse et y dépêche Jean ERRARD pour mettre la Place à l'abri de toutes les attaques.

De leur côté, en novembre 1587, les Lorrains viennent faire le blocus de JAMETZ. Ils montent leurs camps à LOUPPY ou d’HAUSSONVILLE installe son quartier général près du bourg au bord du LOISON. Les troupes lorraines cantonnent dans le village, les mercenaires étrangers campent à l'extérieur.

En décembre, le blocus est transformé en siège. Les catholiques commencent à ouvrir les tranchées. Le premier ouvrage construit est la mise en état de défense du moulin à vent à quelques centaines de mètres au nord de JAMETZ sur la rive de terrain susmentionné ; on l'organise en poste fortifié car il donne de bonnes vues sur la forteresse.

En face, Jean ERRARD, se rendant compte de la faiblesse du front nord-ouest du corps de la Place, le double d'une position d'avant poste comprenant, de l'Ouest à l’Est, les boulevards de LA GARENNE, du HAZARD et de la LAMPE. Il renforce également les défenses nord-ouest du château.

Tous ces travaux, des deux côtés, sont longs.

Charles III presse d’HAUSSONVILLE d'attaquer.

De son côté, de SCHLANDRE harcèle les Lorrains par des sorties fréquentes pour tenir le délai de mise en éveil est ravitailler la Place.

Les Lorrains continuent leurs travaux d'approche et construisent des batteries en avant du moulin à vent.

L'assaut du 18 avril 1588

Le 8 avril, d’HAUSSONVILLE ville fait sommer la place de se rendre. Sur le refus de se rendre, il ordonne le bombardement.

Le 9 avril, le tir recommence sur les remparts à 100 m et DA FURLI pousse les approches.

Le 14 avril, celles-ci atteignent la contre-escarpe. Puis les batteries sont encore rapprochées et celles commencent le « TIR DE RUYNE ».

Pendant toute la journée et toute la nuit du vendredi - qui est le vendredi cinq - plus de 1000 coûts sont tirés.

Le samedi 18 heures à midi, l'artillerie a ouvert trois brèches aux trois bastions des boulevards de la LAMPE et du HAZARD. Le baron d'HAUSSONVILLE veut donner l'assaut. Son ingénieur DA FURLI le lui déconseille et demande un répit de 12 heures. D'HAUSSONVILLE refuse : « j'ai juré que nous dirions la messe demain dans JAMETZ. Blessé ou non, je veux y communier. Faites en conséquence ».

Les ordres sont donnés pour l'assaut à sept heures du soir. Trois colonnes d'infanterie sont formées avec chacune pour objectif une des trois brèches.

Au centre : les compagnies lorraines avec à leur tête, d'HAUSSONVILLE accompagnée de DA FURLI.

À droite : les Italiens aux ordres de Angèle Marie CRESPO.

A gauche : contre le bastion de la LAMPE, les Allemands commandés par le Mestre de camp HANUS FRIEDRICH.

D'autre part, pour faire diversion, un groupement composé de trois compagnies albanaises doit attaquer en même temps à l'autre extrémité de la place, à la tour du CHAT. Cet ouvrage s’élève sur la face de JAMETZ qui regarde Verdun. C'est par la poterne de la tour que les albanais doivent pénétrer dans la Place.

À l'heure fixée, l'attaque est lancée.

Sur le front de REMOIVILLE, les trois colonnes se ruent à l'assaut et couronne les crêtes des brèches. Une contre-attaque les refoule dans le fossé. Reformé par leur chef, les assaillants foncent à nouveau à l'attaque et l'emportent sur les défenseurs qui reculent. Les assaillants se croient vainqueurs et crient déjà : « VILLE GAGNEE » mais de SCHLANDRE contre-attaque à nouveau et les refoule. Renforcées, les troupes d'attaques s’obstinent, mais Jean ERRARD a pu mettre en batterie, c'est le soir, sur le boulevard du HAZARD, deux pièces qui, tirant à mitraille, creusent des sillons sanglants dans les rangs ennemis.

Les Italiens qui sont les plus exposées aux feux, lâchent pied, leur capitaine étant blessé.

Les Allemands tiennent mieux, mais leur chef est tué d'une balle en plein front, c'est la panique.

Les lorrains s'acharnent sur la brèche au prix de lourdes pertes, mais en vain, ce que voyant d’HAUSSONVILLE donne le signal de la retraite. Son armée regagne, dans la nuit, son camp de LOUPPY. Elle est réduite de moitié, aussi d’HAUSSONVILLE demande-t-il une trêve de trois jours pour enterrer ses morts (longtemps, le terrain des combats s'appellera « le cimetière des lorrains »).

Pendant ce temps, à la tour du CHAT, Jacques LORRAIN parvient bien à faire sauter la porte de la poterne mais l'éveil est donné presque aussitôt. Les premiers éléments qui avaient déjà pu pénétrer dans la Place sont tués, les autres refluent et s'enfuient en désordre.

Après l'échec et du 18 avril, le siège continu. Les adversaires pansent leurs plaies. Les catholiques reconstituent leur armée très diminuée par les pertes subies. Les Huguenots réparent leur système fortifié. C'est ainsi que Jean ERRARD fait établir, entre le boulevard de la LAMPE est celui de la GARENNE, un ravin destiné à renforcer le boulevard du HAZARD sérieusement endommagé par l'attaque du samedi saint.

L'assaut du 30 juillet 1588

Le duc de Lorraine presse encore d’HAUSSONVILLE de s'emparer de JAMETZ. Celui-ci tente alors d'avoir recours à la trahison. Au cours d'une trêve d'une semaine, DA FURLI prend contact avec le Capitaine Huguenot BALAY. Moyennant 6000 écus d'acompte et 14000 après l'occupation de JAMETZ, celui-ci promet de démunir de troupes un bastion du front nord-ouest pour permettre aux assiégeants de l'occuper et de prendre pied dans la position.

L'affaire doit se passer dans la nuit du 29 au 30 juillet à une heure du matin. Comme signal, BALAY doit faire apparaître et disparaître trois fois dans une embrasure la lumière d'une lanterne.

C'est le baron d'ORNES qui commande l'assaut. Son armée compte 9000 hommes. Ces troupes se forment en silence et sans le moindre bruit dans les fossés du boulevard du HAZARD. Des échelles sont dressées contre le mur d'escarpe. Au signal convenu, les premiers éléments grimpent aux  échelles, mais à peine prennent-ils pied sur le rempart que les défenseurs déversent sur eux des récipients remplis d'huile bouillante ou de poix enflammés. Le feu brûle les vêtements, les échelles, les corps. Le bastion menacé ne plus être pris.

Le baron D’ORNES sans insister ordonne la retraite. BALAY avait mis de SCHLANDRE au courant de sa convention avec DA FURLI  et c’est ERRARD qui avait préparé cette chaude réception aux catholiques.

Et le siège continu mais se resserre. De SCHLANDRE ne peut plus faire de sortie de ravitaillement. Tout au plus, peut-il se donner un peu d'air et desserrer l’éteinte ennemis mais sans pouvoir rompre le cercle de fer qui l’entoure. Ses principales sorties ont lieu les 26 et 29 octobre, les 1er, 12, 23 et 24 novembre. Il cause de fortes pertes aux assiégeants, mais sans autre résultat.

Charles III qui a relevé d’HAUSSONVILLE et l’a remplacé par M.  de LENONCOURT ordonne à celui-ci de prendre JAMETZ coûte que coûte avant le 30 décembre. C'était possible vu le délabrement de la Place de JAMETZ et l'écrasante supériorité de moyens des catholiques.

La reddition de la place de JAMETZ

Et pourtant l'assaut n'est pas donné.

Le 27 décembre 1588, une convention est signée entre Charles III et Charlotte de LA MARCK pour question de mariage. Elle établit entre les deux parties une trêve de six semaines sous condition de la reddition de la ville. De SCHLANDRE devait, jusqu'à nouvel ordre, conservé intact le château.

Le siège de la ville est terminé, mais il reste le château qui n'est pas, lui, compris dans la capitulation.

 

Le siège du château

La capitulation de JAMETZ ne concernant que la ville, reste le château.

Le château

La citadelle accolée au bourg au sud, à la forme d'un quadrilatère irrégulier. Elle est entourée de murailles et d'un large fossé plein d'eau.

Les fortifications comprennent :

À l'angle nord-est : le bastion de la cloche avec souterrain.

Dans la partie sud-est : le boulevard de BRUTZ.

Face au midi : une courtine brisée en son milieu.

À l'angle sud-ouest : le gros bastion de la grille qui comporte des souterrains.

À l'ouest : le boulevard du ROLIER.

Face à JAMETZ : le boulevard du ROBIN où sera donné l'assaut et le boulevard de la PORTE construit par Jean ERRARD dans l’hiver 1587 - 1588. Cet ouvrage jumelé avec le bastion de la CLOCHE commande la porte avec pont-levis reliant le château à JAMETZ.

À l'intérieur, dans la cour, se dresse le donjon avec la tour CORNICA qu’ERRARD a fait entourer d'un fossé, les appartements du seigneur, les logements des officiers et des casernements de la troupe. Le temple a été construit à l'extérieur près du bastion de la CLOCHE. Il est démoli après la capitulation de la ville pour permettre aux canons du Château de tirer sur JAMETZ.

Les événements

DE SCHLANDRE met aussitôt la trêve à profit. Il fait transporter au château toutes les armes et munitions ainsi que les vivres qui restaient à JAMETZ. De la sorte, les défenseurs du château disposent de 12069 le boulet d'artillerie, 14 milliers de poudres, 11256 livres de mèche, 14 milliers de plombs, plus une réserve de poudre valant 3000 florins d'or.

Le 29 décembre 1588, DE SCHLANDRE rassemble que les débits valides de la garnison et en constitue deux compagnies, le reste gagne SEDAN sous escorte lorraine. Quant aux habitants, ils sont libres du choix de leur repli. Ils gagnent SEDAN, DAMVILLERS, ROMAGNE, VIRTON, etc., sous la protection de détachements lorrains.

La trêve de six semaines et prolongées deux fois, mais les négociations de mariage entre la maison de Lorraine est celle de LA MARCK n'ayant pas abouti, elle expire le 12 avril 1589.

Le 13 avril au matin, les opérations reprennent entre l'armée de 10000 lorrains et les deux compagnies huguenotes.

Les batteries que les assiégeants ont installées dans la ville ouvrent le feu sur le château et, en particulier, sur le boulevard du ROBIN pour y créer la brèche. Le tir dure 10 jours.

Le 22 avril, toutes les constructions intérieures du château sont démolies. Le 25, M. de LENONCOURT s'étant absenté, le Mestre de camp, RODEVIGO MARVAEZ, commandant provisoire du corps de siège, fait sommation de se rendre à de SCHLANDRE qui refuse.

Puis, pendant plusieurs semaines consécutives, les lorrains cessent toute activité offensive. Il pense même à lever le siège. C'est qu'ils craignent l'arrivée d'une armée de secours pour débloquer JAMETZ.

Ce danger se révélant écarté, d’HAUSSONVILLE, à qui Charles III vient de rendre son commandement de l'armée lorraine, reprend la direction des opérations du siège et le 9 juillet il fait ouvrir de nouvelles tranchées.

L'assaut (22 juillet)

Le 18 juillet, tous les travaux préparatoires à l'assaut étant terminés, les lorrains ouvrent le feu avec 22 bouches à feu tirant des boulets de 40 à 45 livres. Ce qui est dirigé en grande partie sur le boulevard du ROBIN pour y ouvrir la brèche et une batterie exécute des tirs de diversion sur le boulevard du BRUTZ à l'opposé. Le tir principal dure deux jours et une nuit à la cadence d'un coup minutes.

Le 21 après-midi, la brèche est jugée praticable.

L'assaut est donné le lendemain. Un pont de fortune a été jeté sur le fossé. De SCHLANDRE négligeant la feinte ennemie sur le boulevard du BRUTZ a massé toutes ses troupes en arrière de la brèche sur plusieurs lignes de piquiers et d'arquebusiers. La colonne d'assaut franchi le fossé malgré le feu violent de défenseur et d'un bond furieux, elle parvient sur le haut de la brèche. Là, elle se heurte à des renforts. C'est le combat à l'arme blanche dans une mêlée terrible. La lutte est indécise. Pour en finir, d'HAUSSONVILLE lance dans la brèche un nouvel escadron de 300 hommes. Ceux-ci couronnent la brèche et crient déjà « Place gagnée » qu'une terrible explosion les ébranle, les culbutes les uns sur les autres et projette de tout côté corps et membres. C'est Jean ERRARD qui a préparé et fait sauter une grosse fougasse sur la contre-pente de la brèche.

C'est la fin de l'assaut, celui-ci a échoué.

La reddition du château (24 juillet)

Le lendemain à 23 le prince HENRY, fils de Charles III vient en inspection à JAMETZ et prescrit de redonner l'assaut.

En présence des nouveaux préparatifs d'attaquer et en raison des pertes subies par ses troupes, de SCHLANDRE réuni un conseil de guerre avec Jean ERRARD, M. de MAROLLES, bailli de JAMETZ, et les capitaines survivants. Tous admettent que la continuation de la lutte est impossible.

Ils résolurent qu'ayant soutenu un si long siège, il leur « estoit meilleur de rendre la place que de se perdre, estimant bien que ceux qui voudoient juger droictement de cette affaire recognoistroient qu'ils avoient fait tout ce qu'on saurait désirer et requérir de gens de biens et d’honneurs ».

Le château se rend le 24 juillet 1589.

Le lendemain, le prince HENRY et d’HAUSSONVILLE y font leur entrée par la brèche.

Le château avait tenu 20 mois.

L'armée lorraine se replie vers Bar-le-Duc, de SCHLANDRE et ses troupes sur SEDAN.

 

ANNEXES

Annexes 1 - Anecdotes et stratagèmes

Tout ne fut pas triste et monotone dans son long siège.

1° : au printemps 1588, le 6 mars, les assiégés ont l'impression que des préparatifs d'attaques sont faits par l'ennemi. Pour le vérifier un officier ce déguise en paysan, s'habille de cotte et brayes, sort furtivement par la porte de REMOIVILLE. Il porte une hotte remplie de beaux légumes, de pommes magnifiques, de farine, de cartes et de brochets et se dirige vers le moulin à vent, ouvrage gardé par une quarantaine de lorrains. Il est arrêté par une sentinelle qui le dirige sur le poste, celui-ci comprend une hutte qui est accolée au moulin à vent et où brûle un feu de bois. Interrogé, l'homme déclare qu'il va ravitailler les gens de REMOIVILLE qui manquent de tout alors que JAMETZ regorge de vivre. Il se met près du feu, dépose sa hotte et poussent négligemment du pied dans le foyer l'extrémité d'une mèche reliée à un sac de poudre placée dans le fond de la hotte. Quand il voit la mèche allumée, il demande à sortir pour satisfaire un besoin naturel. Il est à peine dehors qu'une explosion formidable ce produit qui tue ou blesse les quelques 40 lorrains, fait sautait et incendie la hutte et le moulin. Profitant du désarroi, l'officier déguisé s'enfuit et rentre à JAMETZ avec tous les renseignements désirés.

2° : après les trois jours de trêves qui ont suivi l'assaut du 18 avril 1588, de SCHLANDRE décide de ravitailler JAMETZ. Il réunit tous ces cavaliers, foncent sur les lignes ennemies en direction de STENAY et les traversent. Rapidement, ils enlèvent 300 têtes de bétail, mais il faut les faire rentrer à JAMETZ. Il fait venir un vagabond connu circulant dans les deux camps. Moyennant 10 écus, il lui demande de porter le message suivant à son adjoint à JAMETZ : « gros ravitaillement, rentrons par grandes villes demain samedi à la 11e heure. Arrange-toi pour pousser une attaque au même moment du côté de REMOIVILLE et LOUPPY à seule fin que nous avons passage libre. Ton frère en notre foi. De SCHLANDRE ». Comme prévu, le vagabond va monnayer à bon prix son message auprès des lorrains de LOUPPY. Pendant que ceux-ci attendent leurs ennemis à BRANDEVILLE et à REMOIVILLE, de SCHLANDRE rentre à JAMETZ par DAMVILLERS.

3° : l'attaque du 18 avril 1588 a fortement endommagé le boulevard du HAZARD. Pour le renforcer, ERRARD fait construire un ravelin en avant. En face, l’ennemi installé, à portée d'arquebuse du ravelin, un petit ouvrage d’où il rend leur travail pénible aux travailleurs du ravelin. Les huguenots ont remarqué que les lorrains évacuaient leur ouvrage le soir et le réoccupait le lendemain matin en apportant leurs provisions de bouche et leur combustible. Une nuit, un huguenot porte dans l'ouvrage ennemi une souche de bois en partie consumée mais éteinte et la place dans l’âtre. Le lendemain, dans la matinée, la cambuse saute en l'air avec les cuisiniers et les arquebusiers. La bûche renfermait dans ses flancs quatre grenades.

Annexe 2 - Glossaire et vestige

Carpières : près au sud-est du château – anciens étangs où les seigneurs élevaient des carpes.

Pièces d’Eslande : déformation pour de SCHLANDRE.

Ravelin : pré entre l'angle nord-ouest de JAMETZ et la LOISON où était construit un ravelin, ouvrage intermédiaire pour battre une trouée.

Moulin à vent : le lieu dit entre la HAUTE BORNE et CHAMPRE ou s'élevait le moulin à vent.

Cense : à l'ouest de JAMETZ, terre pour laquelle les roturiers payent une redevance à leur seigneur.

Bru : pré en bordure sud du château, déformation du boulevard du BRUTZ.

Boulevard de la Garenne : à laissé le nom de GARENNE à la zone environnante.

Vestiges

En dehors des fossés, talus et buttes des fortifications, il existe encore une TOUR DE GUET du front Est enrobé dans l'immeuble de M. Georges GUILLAUME, propriétaire des vestiges du château de JAMETZ

 

Bibliographie

Daniel LAUMONIER : COLLIER D’OR - éditeur : Maison Alfred MAME & FILS - Tours.

Messieurs PIERSON & LOISEAU - Géographie historique, statistique et administrative du département de la Meuse - éditeur : PIERSON, 29, rue Mazel - Verdun, - 1862.

 

Colonel Robert PONARD
Février 1961

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